
C’est une donnée qui est passée un peu inaperçue dans l’actualité, et pourtant elle nous concerne tous : la mortalité des arbres a plus que doublé en dix ans dans les forêts françaises. C’est le constat dressé par l’inventaire forestier national de l’IGN, l’organisme public chargé d’ausculter nos forêts année après année. Derrière ce chiffre, une réalité bien concrète : nos chênes, frênes, épicéas et châtaigniers encaissent de plein fouet les effets du dérèglement climatique.
Des chiffres qui donnent le vertige
Selon les derniers résultats publiés par l’IGN, la mortalité annuelle des arbres est passée d’environ 7,4 millions de mètres cubes de bois par an sur la période 2005-2013 à 16,7 millions de mètres cubes par an entre 2015 et 2023. Soit une hausse de 125 % en une décennie. Dans le même temps, le volume de bois mort sur pied a doublé, pour atteindre 159 millions de mètres cubes.
L’état sanitaire des arbres encore vivants n’est guère plus rassurant : sur la période 2021-2024, environ 8 % des arbres évalués présentent des symptômes d’altération (branches mortes, houppier dégarni, perte de vigueur), soit 193 millions d’arbres sur les 2,3 milliards passés en revue par les équipes de l’inventaire.
Sécheresses, scolytes, champignons : un cocktail fatal
Pourquoi une telle hécatombe ? Les causes sont désormais bien identifiées et se renforcent mutuellement :
- Les sécheresses à répétition : les épisodes secs et les canicules qui s’enchaînent depuis 2018 affaiblissent durablement les arbres, qui puisent dans leurs réserves.
- Les insectes ravageurs : un arbre affaibli se défend mal. Les scolytes, de petits coléoptères qui creusent des galeries sous l’écorce, ont ainsi ravagé près de 100 000 hectares d’épicéas entre 2018 et 2023, surtout dans l’est de la France.
- Les maladies : la chalarose, un champignon, décime les frênes, tandis que d’autres pathogènes s’attaquent aux châtaigniers.
- Les incendies, plus fréquents et plus intenses, qui fragilisent des massifs entiers.
Certaines essences paient un tribut particulièrement lourd : 26 % des frênes et 21 % des châtaigniers montrent des signes d’altération, tout comme 10 % des chênes pédonculés et des épicéas communs. L’épicéa est d’ailleurs l’essence la plus touchée en volume, avec 2,4 millions de mètres cubes perdus chaque année.
Un puits de carbone qui s’essouffle
Ce dépérissement a une conséquence majeure, au-delà du paysage : la forêt absorbe de moins en moins de CO2. La capacité de puits de carbone des forêts françaises a diminué d’environ 30 % sur la période 2013-2021. Des arbres qui meurent, ce sont des arbres qui ne stockent plus de carbone, et qui en relâchent une partie en se décomposant.
Le paradoxe, c’est que la surface forestière française, elle, continue de s’étendre : la forêt couvre aujourd’hui 32 % du territoire métropolitain, soit 17,6 millions d’hectares. La forêt gagne du terrain, mais elle est en moins bonne santé. C’est un sujet que nous suivons de près dans notre rubrique Écologie – Climat.
Et concrètement, qu’est-ce que ça change pour nous ?
On pourrait croire que tout cela ne concerne que les forestiers. En réalité, les répercussions sont multiples :
- La filière bois doit écouler des volumes importants de bois dépérissants, ce qui bouscule les prix et les usages (charpente, chauffage, papier).
- Les communes doivent surveiller et parfois abattre des arbres fragilisés le long des routes et dans les parcs, pour des raisons de sécurité.
- Nos paysages de promenade changent : certains massifs d’épicéas roussis sont coupés puis replantés avec des essences plus résistantes à la chaleur.
- Au jardin, la leçon vaut aussi pour les particuliers : mieux vaut privilégier des essences adaptées au climat de demain — un réflexe à retrouver dans nos conseils Maison – Jardin.
Les pouvoirs publics et l’Office national des forêts travaillent au renouvellement des parcelles sinistrées et testent des essences plus résistantes à la sécheresse. Un chantier de longue haleine, dont nous vous reparlerons dans nos actualités.
Questions fréquentes
Pourquoi les arbres meurent-ils davantage en France ?
Principalement à cause des sécheresses et canicules répétées, qui affaiblissent les arbres et les rendent vulnérables aux insectes (comme les scolytes), aux champignons et aux incendies. Ces facteurs se cumulent et expliquent le doublement de la mortalité en dix ans mesuré par l’IGN.
Quelles sont les essences les plus touchées ?
Le frêne (26 % d’arbres altérés, victime de la chalarose), le châtaignier (21 %), ainsi que le chêne pédonculé et l’épicéa commun (10 % chacun). En volume de bois perdu, l’épicéa arrive en tête avec 2,4 millions de mètres cubes par an.
La forêt française est-elle en train de disparaître ?
Non. Sa surface continue même de progresser et couvre 32 % du territoire métropolitain. Le problème n’est pas la quantité mais la santé des arbres : la forêt s’étend, mais elle absorbe moins de carbone et compte de plus en plus d’arbres dépérissants.
Sources
- IGN – Résultats de l’inventaire forestier national
- Actu-Environnement – Ces indicateurs qui alertent sur la santé de la forêt française
- Vie-publique.fr – Inventaire forestier : les effets du changement climatique sur la forêt